La magie de Noël s’est arrêtée brutalement le jour où mon abruti de père m’a demandé d’aller chercher ses chaussons dans sa chambre. Comme un petit chien de chasse bien dressé, une fillette gentille, déjà soumise au désir de l’homme, je me suis exécutée. J’étais fière. Présente. Heureuse de servir à quelque chose. Je suis partie aussitôt, sans réfléchir. J’ai cherché longtemps : autour du lit, derrière la porte. Puis je me suis jetée tête la première sous le lit. De moi, il ne restait plus que deux petites brindilles terminées par des chaussettes. Deux allumettes. Le reste avait disparu sous le lit parental. Et là, avec une grande stupeur, je n’ai pas trouvé ses chaussons.
J’ai trouvé un secret. Bien rangées, alignées, serrées les unes contre les autres, il y avait des boîtes emballées dans de jolis papiers colorés. Chacune décorée d’un bolduc soigneusement noué. Je suis restée là, les yeux écarquillés. Je ne comprenais rien. C’était quoi, tout ça ? À la veille de Noël, pourquoi tous ces cadeaux ?
Le Père Noël était pourtant censé passer par le trou de la cheminée, celle de la grosse chaudière qui faisait peur à tout le monde. Quand elle grondait, qu’elle faisait ses bruits étranges, au point qu’un jour elle nous avait tous fait sortir de la maison en courant. Après un long moment, j’ai reculé sur les coudes.
En sortant, j’ai ramassé les chaussons de ce père. Penaude, je suis retournée dans le salon. À part, j’ai tout raconté à ma jumelle. Chaque détail. Elle ne m’a pas crue. En plus du choc, je devenais menteuse. Il me restait un espoir : imaginer que, le lendemain matin, aucun de ces cadeaux ne se trouverait sous le sapin. Et que d’autres apparaîtraient.
Après tout, peut-être étaient-ils destinés à de lointains anniversaires. Plus tard, maman nous a envoyées au lit : le Père Noël ne passait que si l’on dormait. Cette nuit-là, j’ai mis longtemps à trouver le sommeil. La magie, déjà, partait en fumée dans ma tête. Au petit matin, je me suis levée d’un bond.
J’ai couru aussi vite que mes pieds le pouvaient. Le mal était fait. Sous le sapin, tous les paquets étaient là. Bien organisés. Bien posés. Les mêmes.
Ce jour-là, j’ai compris que même le Père Noël n’était qu’une illusion de plus, inventée par l’homme pour l’homme